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Soutenance de thèse - Miki OTA « Cycles ou séries de tableaux à sujets profanes en France (1730-1774) »

Lundi 16 juin 2014 à 14h30, à la Sorbonne (salle Duroselle-galerie Dumas)


Cette thèse vise à montrer l’évolution de l’idéal de la peinture (la théorie, la critique d’art ou le goût) et de la réalité de sa pratique (la commande, la conception, la création et l’exécution), entraînée par la popularisation des modes de réception des Beaux-Arts, en s’appuyant sur des cycles et des séries à sujets profanes, en particulier des décors peints, exécutés entre 1730 et 1774. Malgré des préjugés qui considèrent la peinture de cette période comme simplement « dégénérée » ou « décorative », les artistes, conscients de leur liberté de création due à l’élargissement du public, élaborent soigneusement des œuvres très riches qui témoignent de leurs talents propres. Les décors peints reflètent la conjoncture des caractères d’espaces diversifiés, des intentions des commanditaires, des ambitions des peintres et des réactions du public.

Les cycles sont appropriés pour discuter la question de la narration, en particulier les procédés narratifs de la peinture d’histoire, dont le prestige n’est jamais mis en doute durant le siècle des Lumières. Les ensembles de Natoire, installés dans les appartements de parade, révèlent que le programme iconographique et stylistique des décors peints et l’expression narrative sont soigneusement organisés et conçus. La peinture d’histoire est également susceptible d’une interprétation libre sous l’influence d’autres genres, ce que révèle l’exemple rare d’un cycle de Boucher, qui contribue à la fusion des genres et convient au mode de réception d’un espace intime. Cette liberté de recherches artistiques, que les peintres doivent à l’élargissement du public, entraîne pourtant un phénomène inverse au milieu du siècle. Après que le Salon ait lieu régulièrement, les spectateurs, qui ont des formations intellectuelles inégales, apportent une multiplicité de vues dans la critique d’art. Les appréciations sur les œuvres de Natoire et Boucher, cibles principales de la critique, reflètent la polémique exitant entre, d’une part, les amateurs et peintres et, d’autre part, les critiques et hommes de lettres, qui dorénavant fait écho dans la création et la réception des œuvres.

Les séries permettent de discuter la variété des genres et leurs influences réciproques. Prenant conscience du dynamisme propre à la peinture et confrontée à la diversification des modes de réception, la direction des Bâtiments du roi incite les artistes à l’émulation, qui devient le dessein principal des commandes officielles. Les décors peints des résidences royales ne sont plus réservés à l’exaltation de l’autorité monarchique, mais désormais destinés principalement à la présentation du progrès des Arts. Les séries de la galerie du château de Choisy et de la salle à manger du Petit Trianon révèlent que la réforme de la peinture d’histoire ne réside pas dans le simple retour à l’antique ou au XVIIe siècle, mais qu’il s’agit de reformuler la peinture d’histoire pour inventer la peinture des Lumières, moderne, par l’introduction d’une dimension sociale, marquée par l’idéal des encyclopédistes. Les difficultés que rencontrent ces ensembles révèlent la complexité de la réception des œuvres, particulière à l’époque de la diversification des espaces dans l’architecture profane et de l’accroissement des exigences du public pour sa perception des Beaux-Arts. Les décors peints de Fragonard et de Vien du pavillon de Louveciennes, nettement contrastés au niveau du programme iconographique, de la narration, des genres et du style, sont également significatifs dans l’évolution de la création artistique et de la réception. Déprécié par les chercheurs jusqu’à maintenant au profit de la série de Fragonard, qui convient à l’image d’un peintre moderne et dont la narration libre est ouverte à l’interprétation, le cycle de Vien est une des tentatives de la fusion des genres : la clarté de la narration et du programme iconographique, qui relèvent de la peinture d’histoire, contribue à anoblir les sujets « à la grecque ». Ne se limitant pas au simple retour à l’antique, son style, considéré comme un remède pour « régénérer » la peinture française, est censé contribuer au progrès des Arts.

Avec l’avènement au trône de Louis XVI et la nomination du comte d’Angiviller comme directeur des Bâtiments, la politique artistique est largement renforcée pour unifier, de façon centralisée, les goûts diversifiés du public, en profitant du sentiment national. Le projet du Muséum royal des Arts, lancé surtout par le comte d’Angiviller, est finalement réalisé en 1793 sous le nom de Muséum central des Arts de la République. Les Beaux-Arts deviennent désormais patrimoine national, ouvert à toute la Nation, et non objet de possession, réservé exclusivement au pouvoir et aux privilégiés.