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O. MAKHNEVA-BARABANOVA - « Ledoux, maître à penser des architectes russes. Du classicisme au postmodernisme, XVIIIe-XXe siècle »

Cet ouvrage est issu d’une thèse en cotutelle entre l’Université Paris 1 (Centre Ledoux) et l’Académie d’État d’Architecture et d’Art de l’Oural, Iekaterinbourg. Il s’appuie sur deux disciplines, l’histoire de l’art et la sémiotique.

Cette thèse est consultable dans son intégralité à la bibliothèque de la Sorbonne, 17 rue de la Sorbonne, 75005 Paris.


Ouvrage publié aux Éditions du patrimoine Centre des monuments nationaux, dans la collection "Temps & Espace des arts" dirigée par Daniel Roche et Daniel Rabreau.

Format 22 x 28cm
Broché avec rabats
160 pages
110 illustrations
Parution : 18 novembre 2010
ISBN 978-2-7577-0110-2 (français)

Prix : 39€

http://editions.monuments-nationaux.fr/fr/le-catalogue/bdd/collection/39/tri/1/livre/753


Présentation par l’éditeur

L’art de Claude Nicolas Ledoux, figure majeure de l’expansion de l’art français, et l’analyse des raisons de son succès en Russie, s’éclairent ici d’une manière intense grâce à une approche de la typologie des formes, des raisons de leur mise en œuvre, du contexte politique et culturel qui en justifient l’essor, dans un cadre très large lié à l’expression symbolique (la franc-maçonnerie, l’esprit des Lumières, la modernité face au classicisme) et, même, littéraire – à la suite de L’Architecture considérée sous la rapport de l’art, des mœurs et de la législation (1804), livre dédié par Ledoux au tsar Alexandre Ier
Cet ouvrage consacré à l’influence de la pensée et de l’art de Ledoux en Russie, insiste sur la fascination qu’il a exercée sur les architectes de Saint-Pétersbourg et de Moscou, ainsi que sur certains architectes italiens et français qui œuvrent alors dans l’empire russe.

L’auteur

Architecte, diplômée de l’Académie d’État d’architecture et des arts de l’Oural (Iekaterinbourg), titulaire d’une thèse de doctorat sur l’influence de Ledoux en Russie, Oxana Makhneva-Barabanova est l’auteur de plusieurs publications en russe sur Ledoux et traductrice du livre de l’architecte (1804) et de plusieurs études parues en français sur le sujet, dont la traduction du volume III des Annales du Centre Ledoux : Claude-Nicolas Ledoux (1736-1806). L’architecture et les fastes du temps.


SOMMAIRE

Préface de Daniel Rabreau
Un rayonnement symbolique et culturel

Introduction
Claude Nicolas Ledoux( 1736-1806) :
un architecte des Lumières

Chapitre premier
L’écrivain visionnaire et son influence

Chapitre 2
À l’aube du classicisme d’Alexandre

Chapitre 3
Le classicisme d’Alexandre

Chapitre 4
La Russie ledolcienne des XXe et XXIe siècles

Conclusion
L’exégèse d’une culture architecturale

Annexes
Bibliographie
Index
Crédits photographiques


Préface de Daniel Rabreau

Un rayonnement symbolique et culturel

Claude Nicolas Ledoux, figure majeure de l’expansion de l’art français – pour reprendre la formule, très vieillie, de Louis Réau – voit son œuvre abordée ici dans la convergence de deux méthodes, parfois contradictoires, dont il s’agit d’apprécier l’application pertinente : la sémiotique et l’histoire dans le domaine de l’architecture. L’auteur, architecte formé à la première discipline à l’Académie d’État d’architecture et des arts de l’Oural (Iekaterinbourg), a enrichi son approche méthodologique de la seconde à la Sorbonne. L’art de Ledoux et l’analyse des raisons de son succès en Russie, s’éclairent d’une manière intense et ample grâce à cette approche aux questions croisées qui touchent à la fois à la typologie des formes, aux raisons de leur mise en œuvre, au contexte politique et culturel qui en justifient l’essor, dans un cadre très large où s’observent certains choix et comportements liés à l’expression symbolique (la franc-maçonnerie, l’esprit des Lumières, la modernité face au classicisme) et, même, littéraire – dans le sillage, d’habitude trop peu mis en avant, d’un Ledoux écrivain, auteur de L’Architecture considérée sous la rapport de l’art, des mœurs et de la législation (1804 – livre dédié au tsar Alexandre Ier et publié en russe en 2003).

L’étude d’Oxana Makhneva-Barabanova est donc le résultat d’une recherche originale et très ambitieuse. Ses résultats s’appuient sur une présentation claire, richement informée, bien illustrée. Ses conclusions ouvrent d’innombrables pistes de recherche futures, ce qui n’est pas le moindre aspect positif de l’ensemble. Le propos historique, qui suit trois phases chronologiques, illustre l’époque de Ledoux (1760-1806), la première moitié du XIXe siècle et les années 1900-1950 – avec l’ouverture attendue sur notre propre époque toujours redevable des grandes questions relatives aux rapports entre classicisme et modernité, notamment avec la crise du « post-moderne ».

L’historiographie du sujet est riche, tant du côté français que du côté russe (d’Igor Grabar à Rena Lotareva) pour les études d’architecture, mais aussi la littérature et la pensée maçonnique. L’orientation des trois champs sémantiques est abordée dans l’introduction : 1. l’héritage classique, au plan esthétique ; 2. l’interprétation cosmique de la pensée ledolcienne ; 3. les développements historiques des schémas créateurs précités, depuis l’Antiquité.

Le premier chapitre, qui analyse l’influence de « Ledoux écrivain-visionnaire » associe la symbolique cosmique et l’histoire des mythes dans l’analyse du style littéraire de Ledoux. L’absence d’unité comme trait stylistique volontaire, le goût pour l’hyperbole et l’exploration du sentiment dans la forme même d’un langage plastique constamment sollicité (métaphore) sont des constantes qui s’observent dans les textes de Ledoux et de certains poètes russes (Gavrila Derjavine, Nicolas Gogol, jusqu’à des écrivains du XXe siècle, comme Ossip Mandelstam et Velemir Khlebnikov). Pour tous, la moralisation du comportement, qui naît « des images classiques sous l’ombre de la tragédie de [leur] temps », s’exprime par un sentimentalisme dont Ledoux fut un fervent sectateur ! À l’évidence, l’analyse sémiotique trouve ici un terrain d’élection qui permet d’aborder la double ingérence du sentiment dans l’acte créateur et la réception de l’œuvre. Le trinôme : image littéraire, image plastique (gravure) et objet construit (volume et décor) dégage une force persuasive que peu d’artistes comme Ledoux ont su produire. La démarche des architectes russes depuis l’époque de Paul Ier, qui a connu et apprécié Ledoux à Paris – comme certains élèves de l’Académie de Saint-Pétersbourg qui s’y sont formés –, est ensuite finement analysée jusqu’au XXe siècle, en passant par la grande période du « classicisme d’Alexandre » (1800-1850). Des relectures d’archives, de nouveaux rapprochements d’œuvres célèbres avec des réalisations ou des projets de Ledoux (mais rien, avant le XXe siècle, en rapport avec les images de l’utopie), précisent et étendent ce qui était connu jusqu’ici de son influence, mais également de certains de ses disciples comme Thomas de Thomon, sur les artistes russes – la question ayant été très peu abordée pour le XXe siècle dans l’historiographie en langue française. La contextualisation des rapports entre Ledoux et Paul Ier, dans le cadre de la franc-maçonnerie russe, un nouvel éclairage sur la genèse du château Mikhaïlovski, à Saint-Pétersbourg, une meilleure connaissance de la fascination que Ledoux a exercé sur certains architectes italiens qui œuvrent en Russie – Giacomo Quarenghi, Carlo Rossi, la famille Adamini – enrichissent considérablement le sujet.

Par l’ampleur de la période considérée et grâce à une belle unité de questionnements – sur le couple classique-moderne, sur le palladianisme, sur la dimension mythique et philosophique de la création architecturale, sur l’approche des types formels et du sentiment qui s’y rattache, etc. –, cette étude est d’une grande nouveauté dans le champ de la recherche actuelle. Emil Kaufmann avait inventé le concept d’architecture révolutionnaire dans un livre pionnier sur certains fondements du mouvement moderne (Von Ledoux bis Le Corbusier, 1933). L’étude sur l’influence de la pensée et de l’art de Ledoux en Russie atteste d’une belle continuité symbolique qui, justement, manque au XIXe siècle français.